J’aimerais pouvoir dire que je me souviens du jour de la naissance de mon fils comme si c’était hier, tant cette journée figure au sommet des moments les plus importants de ma vie. Mais la vérité est que la mémoire est sélective. Entre l’excitation, la nervosité, l’ocytocine et les nuits blanches qui ont suivi, certains détails se sont envolés. Heureusement, ma doula Nina avait pris des notes tout au long du travail, me permettant de reconstituer ce voyage inoubliable.
Le calme avant la tempête
Le lundi 19 août 2013 était une journée d’été typique à Houston : ensoleillée et étouffante, avec plus de 38°C au thermomètre. Un temps idéal pour une fin de grossesse à 40 semaines + 1 jour. Je me suis réveillée avec une certaine anxiété, car nous devions discuter d’un éventuel déclenchement avec mon médecin le lendemain. Pour m’aider à avancer, j’ai passé la journée à marcher dans les centres commerciaux, espérant que le mouvement aiderait mon bébé à descendre selon le calendrier de grossesse prévu.
C’est au supermarché, en fin de journée, que tout a basculé. J’ai ressenti quelque chose d’inhabituel qui m’a empêchée de poursuivre ma conversation avec une amie. Une fois rentrée, j’ai découvert que j’avais perdu mon bouchon muqueux. J’ai annoncé avec joie à mon mari, Doug, que le travail commençait enfin ! Mais après cette annonce… plus rien pendant quatre heures.
À retenir
- La perte du bouchon muqueux est un signe que le col travaille, mais le vrai travail peut mettre du temps à démarrer.
- Rester active en marchant peut aider à faire descendre le bébé naturellement.
- Le soutien d’une doula est précieux pour garder une trace chronologique de l’accouchement.
L’attente et le signal de départ
Vers 21h, des contractions irrégulières sont apparues, mais elles se sont arrêtées vers minuit. Déçue, je suis allée me coucher. C’est à 2h15 du matin, en me levant, que j’ai entendu un petit « pop » suivi d’un écoulement continu : je venais de perdre les eaux. Doug, encore ensommeillé, a réagi avec pragmatisme : « Je vais faire du café ».
Pendant que mon mari se préparait, j’ai pris une longue douche chaude, séché mes cheveux et même fini d’écrire des cartes de remerciement. Vers 5h du matin, les contractions sont devenues régulières. À 9h30, elles étaient espacées de seulement 3 à 4 minutes. Après un appel à la maternité, nous avons pris la route. Le trajet a été terrible : avec les embouteillages et des contractions toutes les deux minutes, j’avais l’impression que le bébé allait naître dans la voiture.

Le travail actif à l’hôpital
À mon arrivée à 10h30, j’étais déjà dilatée à 5 cm. Tout semblait se dérouler selon mon plan. J’ai enfilé ma tenue de travail — une chemise de nuit en dentelle noire choisie pour me sentir belle et forte — que j’avais soigneusement préparée dans ma valise maternité.
Pendant les heures suivantes, j’ai alterné entre le ballon de naissance, la marche dans les couloirs et même quelques pas de danse sur l’album de Jay-Z pour rester en mouvement. Ma doula Nina est arrivée pour m’épauler dans cette phase active.

La phase de transition
La transition est l’étape la plus intense. Les contractions sont devenues extrêmement puissantes. Pour soulager la douleur, je me suis installée sur le ballon de naissance directement sous la douche, laissant l’eau chaude couler sur mon dos. C’était le seul moyen de supporter l’intensité du moment sans avoir recours à un accouchement sous péridurale, conformément à mon souhait initial.

Conseil de maman
L’expulsion : un effort final intense
Une fois dilatée à 10 cm, il était temps de pousser. Nous avons essayé plusieurs positions. La position dite « du trône » ne me convenait pas, nous avons donc installé une barre d’accroupissement (squat bar). Je me sentais beaucoup plus efficace dans cette position physiologique, mobilisant mes muscles comme je l’avais appris lors de ma préparation physique.

J’ai vécu ce qu’on appelle des contractions couplées : une contraction n’était pas terminée que la suivante commençait déjà. Après 45 minutes de poussée intense, Fischer est né à 20h15. Il pesait 3,48 kg pour 52,7 cm, avec une magnifique chevelure rousse.

Souvenirs précieux
De cette journée, je garde des images fortes : Doug qui court me chercher des M&M’s à la cacahuète en pleine transition, mon refus catégorique de voir des étudiants en médecine entrer dans la chambre à ce moment-là, et surtout, les larmes de mon mari lorsqu’il a vu Fischer pour la première fois.

Ce récit est le mien, celui d’un accouchement que je considère comme parfait pour moi. Pour une prochaine fois, je me préparerai sans doute davantage aux techniques de respiration pour mieux gérer le fameux « cercle de feu » lors de la sortie de la tête.
